• Le Chien jaune Vendredi 7 novembre. Concarneau est désert. L'horloge lumineuse de la vieille ville, qu'on aperçoit au-dessus des remparts, marque onze heures moins cinq.
    C'est le plein de la marée et une tempête du sud-ouest fait s'entrechoquer les barques dans le port. Le vent s'engouffre dans les rues, où l'on voit parfois des bouts de papier filer à toute allure au ras du sol.
    Quai de l'Aiguillon, il n'y a pas une lumière. Tout est fermé. Tout le monde dort. Seules les trois fenêtres de l'hôtel de l'Amiral, à l'angle de la place et du quai, sont encore éclairées...

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  • Jean a toujours vécu heureux avec ses deux tantes, dans son village de Marsilly, non loin de La Rochelle. Il aime son travail de bouchoteur, sa moto et une partie de billard de temps à autre ; la vie lui semble unie, simple, sans mystère. Mais un incident lui fera découvrir que le village n'est pas aussi serein qu'il le paraît et que ses tantes elles-mêmes cachent des secrets. On l'oblige à partir et, lorsqu'il revient, le village a repris son visage impassible. Curieuse sérénité...

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  • La première note fut écrite au crayon, sur une feuille de bloc-notes de la grandeur d?une carte postale. Il ne crut pas devoir mettre la date complète. « Mardi. Crise à 2 h 50. Durée 35 minutes. Colique. Mangé purée de pommes de terre au déjeuner. » Il fit suivre le mot déjeuner du signe moins, qu?il entoura d?un cercle, et, dans son esprit, cela voulait dire que sa femme n?avait pas pris de purée.
    Il y avait des années que, par crainte d?engraisser, elle évitait les féculents.

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  • Pour résoudre ses affaires de meurtre, le commissaire Maigret a une méthode infaillible. Des bars mal famés de Pigalle aux hôtels douteux du quartier de la gare du Nord, ce fin connaisseur de la comédie humaine observe beaucoup, fume avec délectation son inséparable pipe et attend «le fait significatif qui ne manque jamais de se produire. Le tout, c'est d'être là quand il a lieu et d'en profiter...» Trois enquêtes captivantes du célèbre commissaire Maigret, par un très grand romancier du XXe siècle.

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  • Le passager du polarlys C'est une maladie qui s'attaque aux bateaux, dans toutes les mers du globe, et dont les causes appartiennent au grand domaine inconnu qu'on appelle le Hasard.
    Si ses débuts sont parfois bénins, ils ne peuvent échapper à l'oeil d'un marin. Tout à coup, sans raison, un hauban éclate comme une corde de violon et arrache le bras d'un gabier. Ou bien le mousse s'ouvre le pouce en épluchant les pommes de terre et, le lendemain, le « mal blanc » le fait hurler.
    A moins qu'il ne s'agisse d'une manoeuvre loupée, d'un canot qui vienne se jeter étourdiment sur l'étrave.
    Ce n'est pas encore le mauvais oeil. Le mauvais oeil exige la série.
    Mais il est rare qu'elle ne suive pas, que la nuit, ou le lendemain, on ne constate pas un nouvel avatar.
    Dès lors, tout va de mal en pis et les hommes, mâchoires serrées, n'ont qu'à compter les coups. C'est le moment que la machine, après avoir tourné trente ans sans une panne, choisira pour s'enrayer comme un vieux moulin à café.

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  • A dix-huit ans, lasse d'une famille dont elle se sent totalement incomprise, Odile décide de quitter Lau- sanne pour Paris. La lettre laissée à son frère indique clairement qu'elle songe au suicide.
    Aussitôt, ce dernier gagne la capitale française, inquiet pour cette jeune soeur qu'il sait mal dans sa peau, indifférente à son avenir, déjà blasée d'expériences amoureuses qui ne lui ont rien apporté.
    C'est dans le quartier de Saint-Germain que nous retrouvons l'errante Odile, dans cet état où tout peut arriver, les rencontres qui sauvent, aussi bien que le pire...
    A travers ce portrait d'une jeune fille, délaissée par une mère indifférente et par un père tout à sa carrière d'écrivain à succès, Georges Simenon montre une fois encore un sens profond de la psychologie, et entrouvre peut-être une porte sur des questionnements secrets et douloureux.

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  • Seule Edmonde, sa secrétaire, connaît le terrible secret qui ronge l'industriel Joseph Lambert. Elle était dans la voiture. Elles sait pourquoi Lambert, distrait, a laissé le véhicule rouler au milieu de la chaussée. Et quel drame atroce a résulté d'un moment d'égarement sensuel...

    Elle ne dira rien. Quant à Joseph, c'est en vain qu'il cherchera le réconfort auprès de Nicole, sa femme, avec qui il n'a jamais eu de contact réel, ou de la facile Léa, sa maîtresse occasionnelle. Pas plus qu'à son frère, qui dirige avec lui l'entreprise familiale, il ne peut leur dire la vérité.

    Ce huis clos d'un homme face à ses remords - et à ce qu'il persiste à ressentir comme une injustice du sort -, Georges Simenon nous le fait vivre de l'intérieur, avec une vérité psychologique et une intensité dramatique qui en font sans conteste un de ses plus inoubliables romans.

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  • Est-ce que ces deux mots-là te font sourire ? Suffisent-ils à trahir ma gêne ? Je n'ai pas l'habitude de t'écrire. Au fait, je me rends soudain compte que je ne t'ai plus écrit depuis le temps où, enfant, tu partais en vacances plus tôt que moi avec ta mère et où je t'envoyais de courts billets. Je commençais le plus souvent par « Fiston », parfois par « Grand garçon », quelquefois, je m'en souviens, par « Petit homme ». Dans la vie de tous les jours je dis « fils » et, quand j'ai essayé d'écrire ce mot seul en haut de ma page, il m'a paru à la fois nu et solennel. « Mon fils », d'autre part, me fait penser à un testament.

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  • Des cris d'enfants éclatèrent dans la cour de l'école d'en face et élie sut qu'il était dix heures moins le quart. certaines fois, il lui arrivait d'attendre avec une impatience qui frisait le malaise ce déchirement brutal de l'air par les voix de deux cents gamins jaillissant des classes pour la récréation. on aurait juré que, chaque matin, quelques instants avant ce feu d'artifice sonore, le silence régnait plus profondément sur le quartier comme si celui-ci tout entier était dans l'attente.

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  • l'Ane rouge


    Un navire qui descendait la Loire lança deux coups de sirène pour annoncer qu'il évoluait sur tribord et le cargo qui montait répondit par deux coups lointains qu'il était d'accord. Au même moment le marchand de poisson passait dans la rue en criant et en poussant sa charrette qui sautait sur les pavés.
    Avant d'ouvrir les yeux, Jean Cholet eut encore une autre sensation : celle d'un vide ou d'un changement. Ce qui manquait, c'était le crépitement de la pluie sur le zinc du toit voisin, qui avait accompagné son sommeil pendant la plus grande partie de la nuit. Maintenant, il y avait du soleil. Il en avait plein les paupières closes.
    Il était tard, au moins huit heures et demie, puisque le marchand de poisson passait déjà. Cholet ne l'entendait de son lit que quand il était malade et qu'il n'allait pas au journal.
    Il se dressa soudain, ouvrit les yeux. La mémoire lui revenait en partie. Ce matin-là n'était pas un matin comme les autres et il y aurait des heures désagréables à passer, en dépit du soleil oblique qui empourprait les fleurs roses du papier peint.
    Rien que le geste de se lever lui donna mal au coeur et, lorsqu'il fut debout sur la carpette, il hésita à se recoucher tant il avait la tête vide. Il avait été ivre et il en gardait un mélange de déséquilibre et d'écoeurement, avec une pointe inattendue d'allégresse.

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  • Lorsqu'ils se rencontrent au milieu de la nuit dans un bar de Manhattan, Kay et Franck sont deux êtres à la dérive. Lui, acteur naguère célèbre, proche de la cinquantaine, tente d'oublier que sa femme l'a quitté pour un homme plus jeune. Elle, chassée de la chambre qu'elle partageait avec une amie, n'a plus même un endroit pour dormir...
    Mais si l'attirance entre eux est réciproque, peut-elle suffire à leur faire oublier les blessures de la vie ?
    Redoutant de la perdre, jaloux de son passé et des hommes qu'elle a connus, aussi peu sûr d'elle que de lui, Franck sera bien près de saccager cet amour qui est peut-être sa nouvelle chance...
    Georges Simenon nous guide au coeur de la grande ville, dans l'ombre de ces deux errants, avec la vérité et l'humanité qui lui ont attaché des millions de lecteurs et lui confèrent une des toutes premières places parmi les romanciers du xxe siècle.

    Trois chambres à manhattan Lorsqu'ils se rencontrent au milieu de la nuit dans un bar de Manhattan, Kay et Franck sont deux êtres à la dérive. Lui, acteur naguère célèbre, proche de la cinquantaine, tente d'oublier que sa femme l'a quitté pour un homme plus jeune. Elle, chassée de la chambre qu'elle partageait avec une amie, n'a plus même un endroit pour dormir...
    Mais si l'attirance entre eux est réciproque, peut-elle suffire à leur faire oublier les blessures de la vie ?
    Redoutant de la perdre, jaloux de son passé et des hommes qu'elle a connus, aussi peu sûr d'elle que de lui, Franck sera bien près de saccager cet amour qui est peut-être sa nouvelle chance...
    Georges Simenon nous guide au coeur de la grande ville, dans l'ombre de ces deux errants, avec la vérité et l'humanité qui lui ont attaché des millions de lecteurs et lui confèrent une des toutes premières places parmi les romanciers du xxe siècle.

  • Un tranquille petit-bourgeois, M. Bouvet, est mort sur les quais de la Seine, tandis qu'il feuilletait un livre à l'étalage d'un bouquiniste. Rien de suspect dans cette fin, mais, comme on ne lui connaît pas de famille, on publie tout de même sa photo dans la presse.
    Cette publication va provoquer une cascade de révélations successives, qui plongeront l'inspecteur Beaupère, chargé du dossier, dans une perplexité croissante. Comment s'appelait réellement M. Bouvet ? Et qui était-il ? Un aventurier américain, un truand parisien lié des décennies plus tôt aux milieux anarchistes ? Ou quelqu'un d'autre encore ?
    Nul mieux que le romancier du Petit Homme d'Arkhangelsk, créateur de Maigret, n'a excellé à nous faire deviner les mystères dérisoires ou terribles que dissimulent les vies en apparence les plus ordinaires. Lorsque, enfin, au grand soulagement de sa concierge, on pourra procéder à l'enterrement de M. Bouvet, on aura accompli un vaste voyage à travers les événements du siècle, et découvert un de ces personnages hors du commun que nous côtoyons peut-être chaque jour sans le savoir.

  • était, avec ses véritables goûts ? - Un frappé au chocolat. Et, comme il s'y attendait, il vit une petite lueur amusée dans ses yeux. Cette lueur n'y était-elle pas déjà tout à l'heure, dès leur rencontre, et n'y avait-il pas la même gaieté narquoise dans ses propres yeux ?

  • Dans la grisaille de l'existence qu'ils vivent en banlieue, les membres de la famille Le Cloanec se côtoient, mais ne se parlent guère. La mère est alcoolique, le père, indifférent et lointain ; le frère et la soeur ont chacun leurs occupations précises et leur vie à part. Une bonne récemment engagée va jeter le trouble dans la maison. Devenue la maîtresse du jeune Olivier, qui en est très épris, Manuela éveille les désirs du père Le Cloanec auquel elle accordera également ses faveurs.

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  • Est-ce que l'incident de dimanche a l'importance que je suis tenté de lui attribuer ? On ne peut même pas, sans exagération, parler d'incident. Une rencontre fortuite, dans la rue. Un couple inconnu dans la foule parisienne. Un échange de regards. Pourtant, depuis trois jours, mon humeur 'a changé et des décisions que je croyais définitives ne me le paraissent plus autant. Je ne les évoque pas d'une façon dramatique, ni sentimentale. Je ne suis qu'un homme quelconque parmi les autres, les millions, les milliards d'autres, ceux qui vivent, ceux qui naissent et ceux qui meurent à l'instant où j'écris, sans compter les centaines de milliards d'êtres plus ou moins semblables à moi qui ont foulé la même terre, respiré le même air, connu le même rythme des saisons.

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  • L'Affaire Saint-Fiacre Un grattement timide à la porte ; le bruit d'un objet posé sur le plancher ; une voix furtive:
    « Il est cinq heures et demie ! Le premier coup de la messe vient de sonner. » Maigret fit grincer le sommier du lit en se soulevant sur les coudes et tandis qu'il regardait avec étonnement la lucarne percée dans le toit en pente, la voix reprit :
    « Est-ce que vous communiez ? » Maintenant, le commissaire Maigret était debout, les pieds nus sur le plancher glacial. lI marcha vers la porte qui fermait à I'aide d'une ficelle enroulée à deux clous. lI y eut des pas qui fuyaient, et, quand il fut dans le couloir, il eut juste le temps d'apercevoir une silhouette de femme en camisole et en jupon blanc.
    Alors il ramassa le broc d'eau chaude que Marie Tatin lui avait apporté, ferma sa porte, chercha un bout de miroir devant lequel se raser.

  • Mentir. Chaque jour. Être surveillé dans ses moindres faits et gestes.
    Avoir deux soeurs qui lisent dans vos pensées et comptent le moindre centime. Jules Guérec a quarante ans. Il est le frère qui subit. Celui qui cache ses désirs, ses passions. Jusqu'au jour où l'irréparable arrive.
    Un accident. Le drame. De ces enchaînements de circonstances qui mènent au tragique.
    Roman de l'intime et de l'égoïsme, roman d'une ville vouée à la mer et au crachin, Les demoiselles de Concarneau est aussi le portrait d'une époque et d'un milieu, celui de la pêche, où l'oeil de Simenon aura su, une nouvelle fois, voir tout ce que l'humanité aimerait tant cacher d'ellemême.

  • La cause est entendue : crime passionnel. Charles Alavoine, respectable médecin de La Roche-sur-Yon, assassin de Martine Englebert, sa maîtresse, est en prison. Mais au-delà du verdict, il reste la vérité humaine...
    Dans cette longue lettre au juge, peu après sa condamnation, Alavoine retrace les étapes du chemin qui l'a conduit au meurtre : l'autorité possessive d'une mère qui a décidé de ses études et de son mariage, puis d'une seconde femme, qui à son tour, supplantant la mère, va régenter sa vie. L'apparition de Martine, venue occuper un emploi de secrétaire après avoir mené à Paris une existence des plus libres, a d'abord été comme un grand souffle de liberté et de passion... Mais certaines rencontres ne sont-elles pas trop fortes pour un caractère timide et soumis oe La crainte, la jalousie, le confinement de la vie provinciale et du rôle social, l'explosion des pulsions trop longtemps contenues... Ces thèmes obsédants de l'univers romanesque propre à Georges Simenon trouvent ici une expression lucide, dépouillée, quasi désespérée.

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  • Quand je me suis éveillé, les rideaux de toile écrue laissaient filtrer dans la chambre une lumière jaunâtre que je connaissais bien. Nos fenêtres, au premier étage, n'ont pas de volets. Il n'y en a à aucune maison de la rue. J'entendais, sur la table de nuit, le tic-tac du réveille-matin et, à côté de moi, la respiration scandée de ma femme, presque aussi sonore que celle des patients, au cinéma, pendant une opération.
    Elle était alors enceinte de sept mois et demi.

  • Ma chère maman, Voilà trois ans et demi environ que tu es morte à l'âge de quatre-vingt-onze ans et c'est seulement maintenant que, peut-être, je commence à te connaître. J'ai vécu mon enfance et mon adolescence dans la même maison que toi, avec toi, et quand je t'ai quittée pour gagner Paris, vers l'âge de dix-neuf ans, tu restais encore pour moi une étrangère. D'ailleurs, je ne t'ai jamais appelée maman mais je t'appelais mère, comme je n'appelais pas mon père papa. Pourquoi ? D'où est venu cet usage ? Je l'ignore.

  • Tout Maigret t.1

    Georges Simenon

    • Omnibus
    • 31 Janvier 2019

    Maigret, ce sont 75 romans et 28 nouvelles publiés entre 1931 et 1972.
    Ce tome 1 regroupe les huit premiers Maigret parus en 1931. Il est préfacé par Pierre Assouline, biographe de Simenon, qui lui a notamment consacré un Autodictionnaire Simenon, un documentaire, et vient d'adapter plusieurs romans de Simenon pour le théâtre radiophonique.
    Pietr-le-Letton - Le Charretier de "La Providence" - Monsieur Gallet, décédé - Le Pendu de Saint-Pholien - La Tête d'un homme - Le Chien jaune - La Nuit du carrefour - Un crime en Hollande Notes de Michel Carly.

  • L'homme vrai, pour Simenon, c'est l'«homme nu», débarrassé de ses masques géographiques, historiques ou sociaux. Ce n'est pas à proprement parler un héros, il est «n'importe qui dans la rue», mais, placé dans une situation de crise, il va jusqu'au bout de lui-même et révèle ce qu'il a en lui d'essentiel. Le roman de Simenon n'est donc pas une chronique : c'est une crise. Resserrement de l'action, tension du récit, rupture, passage à l'acte. Le personnage joue son destin comme aux dés, la mort est souvent au rendez-vous, le lecteur est porté par l'envie de savoir. On voit tout ce que le roman-crise doit au roman policier, et l'on comprend ce qui fait l'unité de l'oeuvre. Simenon a trouvé dans ses propres récits d'énigme - les «Maigret» qui lui valurent ses premiers succès - de quoi structurer le genre auquel il tenait le plus, le «roman dur» (entendre : non-policier), qui est aussi un «roman pur» : dépourvu de considérations abstraites, composé de «mots matière», apte à saisir les êtres dans leur vérité. Il aura passé sa vie à parfaire et à épurer sa formule. Son extraordinaire productivité l'a parfois desservi. Les romans rassemblés dans la Pléiade - cinq «Maigret», seize «romans durs» - retracent sa trajectoire et manifestent la cohérence de son ambition.

  • « Permettez que je me présente : Kees Popinga, le satyre d'Amsterdam !
    » Ruiné ! Kees Popinga est ruiné, et il l'apprend de la bouche même de son patron, avant qu'il disparaisse... L'occasion pour lui de prendre la fuite, de devenir un autre homme (« corpulence moyenne, signes particuliers néant » !), de venger sa petite vie médiocre. Et de basculer dans le plaisir du crime.

  • le petit saint


    Il avait entre quatre et cinq ans lorsque le monde commença à vivre autour de lui, lorsqu'il prit conscience d'une vraie scène se jouant entre des êtres humains qu'il était capable de distinguer les uns des autres, de situer dans l'espace, dans un décor déterminé. Il n'aurait pas pu préciser, plus tard, si c'était en été ou en hiver, bien qu'il eût déjà le sens des saisons. Probablement en automne, car une légère buée ternissait la fenêtre sans rideau et la lumière du bec de gaz d'en face, seule à éclairer la chambre, jaunâtre, semblait humide.
    Avait-il dormi ? Son corps était chaud sous la couverture. Aucun bruit particulier ne l'avait éveillé en sursaut. Il avait seulement entendu, derrière le rideau, qui n'était qu'un vieux drap de lit suspendu à une tringle, un halètement familier, entrecoupé de gémissements, avec parfois le grincement des ressorts du lit. C'était sa mère qui couchait dans ce lit, presque toujours avec quelqu'un. Puis, du même côté que lui du drap tenant lieu de cloison, il y avait Vladimir, ensuite Alice, ensuite les jumeaux, lui-même, chacun sur sa paillasse, et, contre le mur, le bébé dans son lit-cage.

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