• L'absence de projet colonial, la dépendance du peuplement européen, les incertitudes du sentiment national algérien, telles sont les causes qui ont conduit, à partir de 1954, les acteurs d'un conflit atroce, long de près de huit ans, à mener, les uns contre les autres, plusieurs guerres superposées : gouvernement de Paris contre Algériens insurgés, pieds-noirs contre métropole, musulmans intégrés contre nationalistes, révolutionnaires du FLN contre démocrates et messalistes, partisans de l'« Algérie française » et intellectuels de gauche contre de Gaulle, OAS contre armée loyaliste. Plus que le conflit colonial lui-même, ce sont les affrontements civils internes engendrés par la découverte tardive de réalités brutales qui ont laissé, dans les deux pays, les traces les plus profondes.
    Conçue à mi-chemin du récit historique et de l'essai, cette synthèse originale d'Alain-Gérard Slama invite à repenser la guerre d'Algérie.

  • La régression démocratique ? C'est le résultat d'une série de ruptures : entre le citoyen et l'Etat ; entre l'individu et la politique ; entre la fraternité et la solidarité ; entre l'égalité et la liberté ; entre la mémoire et l'histoire.
    C'est la consécration du divorce entre la République et la démocratie. Les mots communauté, prévention, transparence, exclusion, populisme ne sont pas de simples phénomènes de mode. Ils dessinent le contour d'une véritable idéologie, aussi intolérante et liberticide que le marxisme et le nationalisme le furent avant elle. Contre ce conformisme aliénant et dur, cet essai montre en quoi il ne faut transiger sous aucun prétexte avec une certaine idée de l'individu, autonome, divers et responsable.

  • Dans {les Chasseurs d'absolu}, paru en 1980, Alain-Gérard Slama décrivait les dangers d'une forme insidieuse d'intolérance qu'il avait baptisée l'"extrême-centre". Par "extrême-centre", il entendait la perversion de l'idée démocratique, qui consiste à croire qu'il n'existe, sur chaque question, qu'une seule bonne manière de penser et d'agir. Jamais le contrôle social n'a pesé aussi fort sur les jugements et sur les consciences. La matrice de ce composé destructeur pour la liberté, c'est la Révolution nationale de Vichy. Que voulait Vichy ? La victoire {sans} la bataille, le changement {sans} le risque, le contrôle social {sans} l'Etat, l'égalité des chances {sans} la lutte des classes, l'indépendance nationale {sans} la résistance... Bref, il voulait, dans tous les domaines, désamorcer le conflit. L'analogie avec les mentalités actuelles, de "droite" comme de "gauche", crève les yeux. L'expérience devrait servir au moins à dicter, pour l'avenir, ce qu'il ne faut pas faire : présenter une capitulation comme une victoire ; abaisser le parlement et les partis ; multiplier les normes et les contraintes collectives (notamment hygiénistes et sécuritaires) ; encourager la prolifération des corps intermédiaires, croire possible de changer l'homme au moyen d'un ordre moral ; s'en remettre, pour régler les conflits, à la négociation permanente, etc. Assomption du conflit, conception non préventive de la responsabilité, séparation des ordres - telles sont, pour les résumer en trois formules, les directions, sinon les solutions que propose ce livre.

  • Dans ce livre, Alain-Gérard Slama démontre comment les écrivains du XIXe siècle et de la première moitié du XXe, en quête d'une unité impossible, ont incarné et pérennisé par leur dialogue les deux formes antagonistes de représentation du monde qui sont devenues inséparables de la démocratie. Le couple fondateur du XIXe siècle, Balzac-Hugo, et les affrontements littéraires tels que l'affaire Dreyfus, opposant des hérétiques et des rebelles, avec Barrès et Zola, ou encore Péguy et le débat Barrès-Gide.
    Il décrit ensuite le processus de décomposition des Lumières qui a suivi la révélation du mal absolu d'Auschwitz. Comment penser le présent quand on ne voit plus l'avenir ? Il est révélateur que, après 1945, à peu près tous les grands écrivains de l'avant-guerre, Malraux inclus, aient cessé d'écrire des romans. Certes, dans cette pénombre, la création littéraire n'a renoncé à chercher une issue ; mais l'imagination romanesque s'est dispersée en une multiplicité de lignes de fuite - vers l'immédiat (nouveau roman), le quotidien (Perec), l'intime (Duras), le fait divers (Carrère), le passé (Modiano), l'exotisme (Le Clézio), l'autofiction (Doubrovski), etc. - sans lien entre elles, sinon le fait que toutes, à l'exemple de Kundera, rejettent la société de leur temps.
    Ainsi s'est élevée, entre la République et ses écrivains, la frontière d'une « séparation de corps », attestée par le peu d'attention que les élites elles-mêmes accordent à la lecture. Le statut de l'écrivain, et par là même son rôle dans la Cité, en ont été profondément amoindris. Aujourd'hui l'écrivain, devenu « l'écrivant », tend à disparaître derrière l'autorité de l'expert. Certes, on ne réinvente pas l'avenir. Pour que la société française retrouve confiance en elle-même, il est nécessaire que la culture littéraire autour de laquelle sa vie politique s'est construite trouve toute sa place, dès le plus jeune âge, dans les institutions de la République, et qu'elle reprenne le pas sur l'arrogance des sciences sociales.
     

  • « L'identité politique de la France réside dans sa littérature. La littérature est -l'âme- de la nation, son principe spirituel. La culture de notre pays est littéraire, son histoire est littéraire, sa politique est littéraire, ses paysages sont littéraires. Son passé, ses valeurs, ses idées, ses peurs et ses moeurs se déchiffrent d'abord à travers leur expression littéraire. Depuis le Moyen Age, elle s'est regardée dans ce miroir, elle s'est identifiée à cette image, elle a évolué avec elle ; chaque génération s'est appuyée sur elle pour éduquer la suivante, en sorte que tout le pays lui doit ce qu'il est. » A.-G. S.

  • Depuis la Révolution française, la gauche et la droite n'ont jamais cessé de s'affronter, et la vie publique de se régler sur elles. Et pourtant, l'incroyable est là : on ne sait toujours pas {qui} elles sont. Pour percer à jour leur identité, il fallait un pari inventif, et faire parler les textes où la culture de l'homme dévoile le mieux sa nature. Telle est la "première" tentée par ce livre, où l'on parcourt deux siècles de débats idéologiques, interroge trois crises (les Lumières, les années 1900 et le second avant-guerre) et fait témoigner onze écrivains : Voltaire, Rousseau, de Maistre, Balzac, Chateaubriand, Hugo, Barrès, Gide, Montherlant, Sartre et Camus. De ce vaste dialogue, une évidence s'élève : la gauche et la droite ne sont pas seulement des réalités historiques, mais deux dimensions de l'homme, inscrites dans une {nature politique}. Leur conflit oppose deux visions du monde, remarquablement cohérentes et stables, à travers lesquelles tout individu se définit comme citoyen. La politique n'est affaire ni de compétence ni de vertu, elle se forge au creuset de chaque conscience, et les chasseurs d'absolu, les maîtres de certitude qui agitent les clés de la raison ou de la morale devant les peuples hypnotisés, sont les vrais ennemis de la liberté.

  • « Ce livre a pour ambition de secouer une torpeur.
    J'aimerais, je l'avoue, que ceux qu'on appelle les républicains modérés, qu'ils soient de droite ou de gauche, se découvrent encore capables d'élever la voix pour défendre les libertés. Depuis vingt ans, un processus implacable de régression de la démocratie française s'est engagé, et la monopolisation du pouvoir par un "prince-PDG" hyperactif, mais sacrifiant l'essentiel à l'immédiat, ne fait rien pour l'arrêter.
    Face à la disparition de fait de la fonction de Premier ministre, face au réveil des passions identitaires, face aux entorses à la laïcité, face aux projets de discrimination positive, face au fichage des citoyens, face au danger de reprise en main du pouvoir judiciaire et de l'audiovisuel public, des protestations s'élèvent, certes, mais sans se faire entendre. La crise accélère, au bénéfice des extrêmes, la dépolitisation d'une opinion désorientée.
    Nous sommes passés de la société de défiance à la société d'indifférence ; et ce big-bang silencieux brouille toutes les cartes et dérègle toutes les boussoles ». La question que pose Alain-Gérard Slama est la suivante : la Ve République en mourra-t-elle ou en sortira renforcée ?

  • Alain-Gérard Slama a regroupé dans ce livre ses chroniques quotidiennes sur France Culture, qui dressent un état de la France et soulignent les contradictions dans lesquelles elle se trouve, et qui peuvent déboucher sur l'enfer aussi bien que sur le paradis.
    On ne publie pas cinq années d'analyses quotidiennes sur la situation politique et sociale en France et dans le monde sans se soumettre à une épreuve de vérité dont le lecteur est juge. L'actualité fournit au chroniqueur matière à un exercice de pédagogie républicaine, en un moment où, par ignorance et démagogie, les dirigeants du pays faisaient tout pour liquider cet héritage. La France, bouleversée dans ses structures par le choc de la mondialisation, vient de traverser cinq ans de purgatoire. Elle y a perdu ses repères et découvert tout d'un coup les menaces qui pesaient sur sa sécurité, son "modèle social", sa politique, son crédit international, ses équilibres naturels et même sur ses institutions.
    Ce receuil de libres réflexions illustre la contradiction entre les capacités renaissantes d'une société impatiente de voir l'horizon s'éclaircir et le manque de confiance des élites dirigeantes dans une culture républicaine adaptée pourtant aux défis du monde. Il permet surtout de comprendre pourquoi les Français ne supporteraient pas une nouvelle déception.

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