Sciences & Techniques

  • Les besoins sans cesse croissants de l'espèce humaine se heurtent aux limites des ressources de la planète, phénomène sans exemple dans le cours de l'évolution naturelle depuis les origines. Cette accélération ne peut se poursuivre sans que se produise une rupture ou, peut-être, une profonde transformation des conduites collectives. André Lebeau examine les composantes sociales de ce phénomène dont la survenue est inévitable, même si l'échéance en est imprécise: à quelles déterminations l'humanité est-elle soumise par son héritage génétique pour affronter cette épreuve ? de quels outils culturels dispose-t-elle pour la contrecarrer ? quelles autres possibilités s'offrent à elle ? C'est avec le regard d'un observateur à distance que ces questions sont posées, celui d'un scientifique qui refuse de mêler le sentiment à sa réflexion et qui met délibérément de côté leur dimension éthique. Non qu'il la méconnaisse ou la méprise, mais il veut se borner à apprécier notre capacité de prévision et ses limites, les chances qu'une vision du futur soit partagée par les individus et qu'elle constitue le fondement de conduites collectives aptes à modifier le cours des choses. Les conclusions sont angoissantes ; elles se présentent comme les bases objectives dont l'action devrait s'inspirer.

  • L'évolution accélérée des technologies bouleverse la médecine et notre système sanitaire. Elle porte à ses dernières conséquences le changement que le stéthoscope de Laennec avait jadis engagé en forgeant un instrument qui démultiplie le pouvoir de l'observation. Nous assistons pour de bon à l'émergence de ce que Guy Vallancien propose d'appeler une "média-médecine", une médecine médiatisée par le recours aux capacités de l'ordinateur, que l'on retrouve de la génétique à la robotique chirurgicale, en passant par la télémédecine et les communautés de malades.

    C'est à l'analyse des transformations rendues possibles par cet outil d'une puissance incomparable que l'ouvrage est consacré. Leurs effets ne s'arrêtent pas à la seule pratique médicale. Elles permettent d'envisager une réorganisation profonde du système de santé. Contre l'antiscience actuelle, Guy Vallancien se livre à un vigoureux plaidoyer en faveur des progrès qui sont de la sorte à notre portée. Nous avons les moyens d'une médecine à la fois plus efficace et plus humaine. Sachons les saisir, argumente-t-il, au lieu de nous enfermer dans la défense de routines dépassées.

  • L'humanité a connu deux révolutions cognitives avec l'invention de l'écriture et celle de l'imprimerie. Raffaele Simone démontre qu'avec Internet et les médias numériques une troisième révolution s'opère, dont les effets sont déjà observables dans le fonctionnement de l'intelligence et des sens, ainsi que dans la relation au savoir et les rapports sociaux.
    Cette Troisième Phase correspond à une mutation anthropologique sans précédent, marquée par la création de la médiasphère. Ce milieu, devenu aussi vital pour nous que l'air que nous respirons, résulte de la conjugaison des nouveaux médias et des outils informatiques connectés au Web.
    L'auteur analyse comment la primauté de l'image et de l'écran induit un fonctionnement synthétique et passif de l'esprit et remet en cause une acquisition intellectuelle majeure de l'humanité que l'écriture avait apportée : la vision alphabétique, qui stimule l'intelligence analytique et la réflexivité.
    La «culture numérique» tend à substituer à la réalité un spectacle permanent où les simulacres l'emportent. Concluant par un examen critique de l'idée d'une démocratie rendue authentique grâce à Internet, qui a permis l'émergence de mouvements politiques et sociaux auto-organisés, Raffaele Simone propose une réflexion à la hauteur des temps et du défi qu'impose une révolution irréversible des modalités de l'expérience humaine.

  • Pour la seconde fois depuis 1945, la société française vit une sorte de révolution. Mais alors que dans le profond remodelage des Trente Glorieuses se déployait une modernisation dont les champs de force étaient clairement dessinés, la mutation actuelle déstabilise parce qu'elle apparaît éclatée et sans issue nettement perceptible. En contrepoint des grandes transformations économiques et institutionnelles, Pierre Veltz décrit ici ce basculement comme l'apparition d'un nouvel univers industriel, en s'attachant à ce qu'il appelle les " formes élémentaires " de la vie économique : nouvelles manières de travailler, de produire, d'innover, d'échanger. Ni la vague technologique ni la diffusion du nouvel esprit néo-libéral ne suffisent à rendre compte de ces changements, qui entrent en résonance avec de multiples facettes de la vie sociale, au travail comme dans les autres sphères de l'existence. Il s'agit bien de l'émergence d'un monde différent : un nouvel univers non seulement technique, mais moral, qui engendre une énorme anxiété, mais qui rencontre aussi des aspirations fondamentales de l'individualisme moderne, tels l'exigence d'autonomie et le désir de limitation des engagements. Une postface inédite revisite ces analyses, avec huit ans de recul, pour les ajuster et les étayer plus encore.

  • Que peut faire l'espèce humaine pour sortir de l'impasse où l'ont engagée le changement technique et les formes sociales qui lui sont associées ? Après L'Engrenage de la technique et L'Enfermement planétaire, André Lebeau envisage cette fois ce qui pourrait ouvrir à l'humanité les voies d'un avenir durable et, si possible, harmonieux. Comment relever les principaux défis, énergétiques, démographiques, climatiques, qui s'imposent désormais aux habitants de la planète ?
    Sans catastrophisme mais aussi sans complaisance, il décrit la lourdeur et la complexité de la tâche, avec une rigueur et une clarté qui renforcent l'intérêt et la force de proposition de ce point de vue exceptionnel sur le problème écologique.

  • Le titre, Produire le monde. Pour une croissance écologique, résume bien la thèse de l'auteur : il va falloir se mettre, à brève échéance, à produire l'ensemble des biens qui étaient considérés comme " naturels ", à commencer par l'air que nous respirons et l'eau que nous buvons, et cette contrainte va représenter en fait un formidable levier de croissance. Nous sommes en réalité devant une " nouvelle révolution industrielle ", non à l'aube d'une décroissance.
    Cette interprétation des perspectives économiques ouvertes par la crise écologique actuelle, à l'échelle du prochain quart de siècle, apporte une réponse très différente du scénario communément admis du " développement durable ". Ce ne sont pas des propos en l'air : Hervé Juvin présente une analyse très nourrie et très fouillée des données qui justifient son diagnostic. Par ailleurs, ce grand voyageur possède un réel talent de conteur, ce qui lui permet de brosser un tableau du monde aussi vivant qu'excitant.
    Ce livre bref et très bien informé est en prise directe sur les perplexités de l'heure. Écrit dans un style clair et enlevé, il est aisément accessible à un large public.

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