Henriette Levillain

  • Virginia Woolf, carte d'identité Nouv.

    Dans cet essai biographique unique, sous forme d'abécédaire, Henriette Levillain dresse un portrait littéraire et sensible de Virginia Woolf. Au fil d'entrées telles que « Anglaise », « Lectrice » ou encore « Marcheuse », le lecteur redécouvre l'auteure de Mrs Dalloway, contre toute récupération féministe ou psychiatrique.

    Qui ignore aujourd'hui Virginia Woolf ? La beauté anxieuse de son visage, les tragédies de son enfance, sa mélancolie suicidaire, ses appréhensions sexuelles, sa liaison tumultueuse avec Vita Sackville West et sa défense de la cause des femmes ? Au cinéma comme au théâtre sont exposés avec complaisance ses frustrations d'adolescente et ses combats contre l'autorité masculine, ses crises de dépression et sa noyade dans la rivière Ouse. Les féministes ont fait d'elle une icône, et les psychiatres diagnostiqué sa maladie. Or aucun de ces arrêts sur image ne donne la clef d'une imaginative qui s'est refusée à aggraver le malheur, à laisser le dernier mot à la mort.

    Dans cet essai aux multiples entrées, Henriette Levillain rend à l'oeuvre romanesque son autonomie au regard des confidences de la femme en souffrance. Les personnages de Virginia Woolf ne sont pas des reflets mais des créatures auxquelles elle donne le pouvoir de relier ce que la vie ne cesse de séparer, les corps comme les consciences.

    « Beauté », « Féministe », « Marcheuse » ou « Poète », autant de fenêtres ouvertes sur les secrets d'une artiste qui, malgré son drame intime, savait enchanter le quotidien.

  • Rendue célèbre en 1951 par Mémoires d'Hadrien (prix Femina), puis par L'Oeuvre au Noir (1968), Marguerite Yourcenar (1903- 1987) a été aussitôt classée, pour le meilleur et le pire, parmi les grands écrivains français classiques : érudite, impersonnelle, maîtrisée jusqu'à l'excès dans le style et les passions, académique avant l'heure de son élection.

    En réalité, avec le recul du temps et grâce à la connaissance nouvelle de son oeuvre intime - Mémoires, Correspondances - ou de ses récits plus modestes Nouvelles, Essais -, une personnalité tout autre d'écrivain femme se révèle. Avec son ironie et ses attendrissements, son orgueil et son humilité, son pessimisme grandissant et son idéal de bonté, son homosexualité affichée et sa misogynie. Accueillir et identifier ces passions contradictoires en allant de l'oeuvre à la vie et réciproquement, tel est l'enjeu de cet essai.

    Il faut du temps pour approcher la « vérité » d'un écrivain comme Marguerite Yourcenar. Henriette Levillain, par cette carte d'identité, nous permet néanmoins de s'en approcher. D'aristocrate à écologiste, de frontalière à visionnaire, elle dresse dans un abécédaire biographique le portrait de cet auteur paradoxal.

  • Saint-John Perse

    Henriette Levillain

    • Fayard
    • 11 Septembre 2013

    Alexis Leger/Saint-John Perse avait voulu couper l´herbe sous les pieds de ses futurs biographes en rédigeant lui-même, en 1972, dans le volume de la Pléiade, sa biographie sous la forme d´une chronologie détaillée. Et il la compléta d´une règle impérative : interdiction de relier Alexis Leger, le diplomate et Saint-John Perse, le poète. Ils étaient étrangers l´un à l´autre. De fait, après son retour de Chine, et malgré le succès international d´Anabase (1924), Alexis Leger semblait avoir renoncé à faire oeuvre de poète et sacrifié son don indiscutable à l´ascension d´une carrière fulgurante. La composition des grandes oeuvres, Exil, Vents et Amers n´aurait été alors que le fruit d´un accident malheureux, une carrière brutalement interrompue par son congédiement en 1940. De là à considérer les poèmes comme la compensation d´une frustration, et le Nobel comme une revanche laborieusement obtenue à force d´intrigues, il n´y eut qu´un pas, franchi par l´un de ses récents biographes. Si en quarante ans, la critique a évolué de la sidération des débuts au récent procès pour faux, dans cette biographie littéraire, Henriette Levillain nous donne les clés pour comprendre plutôt que de juger le mystère du prétendu cloisonnement entre deux noms, deux vies. Les témoignages inédits ou récemment édités, les archives littéraires et diplomatiques ajoutés à une longue familiarité de l´oeuvre poétique lui ont permis d´approcher les secrètes tensions de Saint-John Perse entre l´appétit de gloire et le besoin essentiel de solitude, entre l´attirance instinctive pour la vie partout où elle se révèle et une angoisse paralysante de la maladie, du vieillissement et de la mort.

  • Dans un monde qui procède par assimilations successives, qu'en est-il du devenir de ses habitants ? Au moment où, dans une société pluri-ethnique, se multiplient les clivages et les chocs d'identité, l'assimilation apparaît menacée. À 7200 kilomètres de la métropole, l'île de la Guadeloupe étale ses deux ailes de papillon sur une mer émeraude. Mais cette beauté peut être un piège qui laisse ignorer les convulsions de l'Histoire. Le statut de département français est devenu aujourd'hui à la Guadeloupe, de même qu'en Martinique ou en Guyane, une réalité vivante, une réalité si peu contestable que l'on risquerait d'en oublier les débuts difficiles. Or la notion de l'assimilation des "vieilles colonies", née de l'idéal de la IIIe République, est paradoxalement à l'origine des conflits les plus violents. Méconnues des historiens traditionnels, les années 1875-1914 représentent une période cruciale et explosive, angoissante pour certains, libératrice pour d'autres, au point que le paysage culturel et politique de la Guadeloupe contemporaine ne peut se comprendre qu'à la lumière de ces quarante années.

  • Tant de choses et tant de choses excellentes ont déjà été écrites sur le baroque, celui des beaux-arts comme celui de la littérature, que l'on ne s'engage dans la rédaction d'un ouvrage sur ce sujet qu'avec un infini scrupule.
    Les " maîtres-pilotes en baroquie " sont nombreux et impressionnants, en France et à l'étranger. Même si la pièce baroque était peut-être trop meublée pour y ajouter encore une coiffeuse ou un chiffonnier, l'utilité se faisait sentir d'un décorateur qui mette de l'ordre dans ce grand rassemblement : il était nécessaire aujourd'hui de dresser un état des lieux de la réflexion en faisant le bilan des cinquante dernières années de productions critiques sur le baroque, en tentant d'établir les critères de reconnaissance d'un baroque historique (celui du tournant du XVIe siècle), en s'interrogeant sur le retour du baroque dans la culture contemporaine et enfin en posant, face à une tendance à la banalisation, certains critères distinctifs d'évaluation.

  • Saint-John Perse a composé Vents pendant l'été 1945, alors qu'il séjournait, comme chaque été, sur une petite île du Maine (Etats-Unis).
    C'était le sixième été de l'exil, depuis que, au mois de juin 1940, Alexis Leger, le diplomate, avait été relevé de ses fonctions de Secrétaire général du Quai d'Orsay par Paul Reynaud. Du fond du silence et de la solitude, l'appel de la poésie s'était à nouveau fait entendre, elle qui avait été laissée en retrait depuis Anabase. Et avec le recueil, d'abord intitulé Quatre poèmes-1941-1944, puis Exil, un cycle s'était clos.
    Celui de l'exil politique la libération de la France occupée pouvait laisser légitimement prétendre à une réhabilitation du proscrit. Celui de l'exil poétique : Perse avait appris le sacrifice du passé et le dialogue imaginaire avec les gens de peu, sur les chantiers et les cales désertées par la foule, après le lancement d'une grande coque de trois ans. Le thème n'était bientôt plus de circonstance.
    Or, dans les mois qui précédèrent Vents, Saint John Perse se trouva face à un dilemme majeur : il allait falloir choisir entre la reprise de la vie publique du haut fonctionnaire - mais quelle serait-elleoe - et la construction d'une grande oeuvre poétique - mais serait-elle entendueoe On sera peut-être surpris d'apprendre que c'est le poète qu'il avait eu l'intention durant l'été 1944 d'étrangler, devenu trop inopportun pour la préparation pratique à une vie nouvelle (lettre à Mrs Francis Biddle).
    Vents est donc le résultat inattendu d'une crise du renoncement, aussi grave que la nuit de Gênes pour Valéry. Finalement, Saint-John Perse a voulu demeurer chez ses amis américains, quitte à s'installer dans une posture fictive d'exilé. Dans son poème, il traverse les Etats-Unis, à cheval, d'Est en Ouest. Aurait-il tourné le dos à la vieille Europe blessée et renoncé à y faire entendre sa voixoe Ou bien, serait-ce que la hauteur de sa monture et la distance de l'Atlantique fussent les seuls lieux d'où il réussissait à parler aux hommes de son paysoe Poussé en avant par la force des vents, par le rythme entraînant du verset et les rebonds inouïs des images, le lecteur n'a pas toujours conscience du drame qui se joue dans Vents : les destinataires ardemment sollicités y sont absents.

  • Poète de réputation mondiale (prix Nobel en 1960), diplomate à la carrière fulgurante brutalement interrompue en juin 1940, Alexis Leger/Saint-John Perse, méritait, à l'instar d'autres grands de notre culture, la publication d'un dictionnaire. Celui-ci s'appuie sur une critique renouvelée, libérée des interdits qu'avait fait peser le poète, enrichie des nombreux documents inédits portés au jour ces dernières années.

    Toutefois un dictionnaire d'auteur dans sa forme traditionnelle n'aurait pas rendu compte de l'importance de cette double carrière. Celui-ci, chronologique et thématique, présente les séquences d'une histoire qui débute aux Antilles et se termine sur la presqu'île de Giens, ponctuée d'épisodes glorieux et d'heures sombres. Les regroupements mettent en relief l'origine antillaise et le premier exil à Pau, les voyages choisis ou subis, les maîtres à penser, les amitiés littéraires et relations féminines, les faits et gestes du secrétaire général du Quai d'Orsay, puis de l'exilé à Washington, enfin de l'homme de « grand âge » à Giens. La matière verbale de la poésie, chantante et somptueuse, fait l'objet de rubriques spécifiques.

    Qui lit l'ouvrage dans la continuité découvrira peu à peu les deux faces d'une personnalité contestée et fascinante, partagée tout au long de son existence entre la chose publique et le songe. Il apprendra également à connaître la singularité d'une poétique à distance de la modernité et pourtant irréductible à une quelconque tradition.

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